JEUX VIDEO. -- Avant de se confronter de nouveau au marché du travail, les
salariés de Kalisto se sont séparés dans une atmosphère
conviviale
Dernière fête chez Kalisto

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Repas. L'ambiance tenait plus de la fête que de l'enterrement
PHOTO STEPHANE LARTIGUE
| Aussi paradoxal que cela puisse paraître, les derniers
instants de Kalisto se sont déroulés hier dans la joie. Une bonne
centaine de salariés, c'est-à-dire l'essentiel de l'effectif
bordelais, se sont retrouvés sur le parvis de la Cité mondiale, au
pied de l'immeuble qui abrite leur siège social. La bière coulait à
flots. Les plaisanteries fusaient. Et l'atmosphère tenait davantage
du monome que de la cérémonie funèbre. Peu après 18 h 30, une
ovation a éclaté sur le parvis. Elle saluait le directeur
informatique Stéphane Laulhère, qui venait de boucler la mise en
sécurité des systèmes. Il s'agissait notamment de sauvegarder
l'énorme travail accompli depuis de longs mois pour développer
quatre jeux, dont les salariés de la firme multimédia ne désespèrent
toujours pas qu'ils puissent trouver preneur. « Je suis entré en
1995 chez Kalisto, précisait Stéphane Laulhère. Nous étions 35,
aujourd'hui nous sommes 200. Nous venons de vivre une grande période
de tension. Maintenant, nous avons le temps de prendre des vacances,
d'aller à la plage. Nous allons nous séparer, mais nous ne serons
pas totalement éloignés. 110 d'entre nous ont laissé leur mail. Nous
resterons en contact. Nous avons vécu une belle aventure qui s'est
arrêtée, mais on repartira de plus belle. » Les salariés de
l'entreprise, dont le licenciement est effectif depuis hier,
espèrent pouvoir toucher leur paie de mars d'ici deux bonnes
semaines et, plus tardivement, des indemnités de licenciement, qui
pourraient cependant être suspendues au cas par cas, dans
l'hypothèse où une partie de l'activité serait reprise. A priori, il
ne paraît pas totalement impensable que certaines productions
puissent être rachetées, et que quelques salariés concernés puissent
faire l'objet d'une réembauche. Mais de telles mesures ne pourraient
être que partielles. De toute évidence, la liquidation de Kalisto
sonne bel et bien la fin de ce rassemblement assez exceptionnel
d'énergies et de compétences diverses (informaticiens, graphistes,
etc.). Certains ne pourront pas retrouver du travail dans la région.
Mais Franck Belus, contrôleur de coûts, embauché il y a dix-huit
mois lorsque le bateau commençait déjà à tanguer, ne doute pas de
leur capacité de se recaser d'une façon ou d'une autre. « Quand on a
donné le meilleur de soi-même, on arrive toujours à retrouver du
travail. » Vers 19 heures, les salariés ont commencé à lever le siège.
L'atmosphère restait joyeuse. Mais une pointe de tristesse et
d'inquiétude commençait à se faire jour chez certains. « En ramenant
mes affaires à la maison cet après-midi, disait l'un d'eux, j'avais
les larmes aux yeux. » Peut-être pressentait-il qu'il ne
retrouverait pas facilement dans sa carrière professionnelle une
communauté aussi joyeuse, juvénile et vibrante que celle qui vient
de se fracasser contre les dures réalités du marché et de la
finance.
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