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Le SOS de l'industrie française du jeu vidéo
Oct. 19th, 2002 17:38 by sdeluca — Permalink | TrackBack: http://deluca.biz/trackback/24 | — Sorry, this content is not available in english. - Tx to jeff - Libération par Bruno ICHER.Le sort de l'industrie française du jeu vidéo sera vraisemblablement scellé début novembre. Jean-Pierre Raffarin doit en effet recevoir à Matignon les principaux acteurs du secteur à ce moment-là. L'enjeu de la rencontre est tout simplement la survie d'une industrie hexagonale qui, depuis près de deux ans, prend l'eau à gros bouillons. Et si, aujourd'hui, les affaires reprennent, c'est sans doute un peu tard pour les Français. «Il y a en France une profonde crise du financement des jeux qui s'achèvera par un enterrement si rien ne se produit», affirme Elliot Grassiano, patron de l'éditeur français Microïds. Leave a comment | Reddit!Statut. C'est cela que les éditeurs français vont demander au Premier ministre : la mise en place d'un système de financement pour aider les titres développés en France. En lorgnant ouvertement vers celui du cinéma. En gros, il s'agirait de créer une instance comparable au CNC (Centre national du cinéma), et surtout de mettre en place des structures de type Sofica, assortie d'un arsenal de garanties bancaires et d'allégements fiscaux. Et, pourquoi pas, une baisse de la TVA si la notion d'oeuvre culturelle est appliquée aux jeux vidéo. La formule a fait ses preuves, mais il y a un os. Elle exige, au préalable, une modification profonde du statut de la profession. Aujourd'hui, comme le soulignent Alain et Frédéric Le Diberder dans une étude publiée en juillet dernier par le ministère de la Culture, les éditeurs sont assimilés à des fabricants de logiciels et leurs productions à des produits informatiques, sans reconnaissance du travail du créateur en tant qu'auteur. «Le jeu vidéo, c'est du spectacle, répète Bruno Bonnell, président d'Infogrames. Il faut qu'il y ait une reconnaissance du statut des créateurs mais aussi de notre travail qui consiste à rassembler ces talents.» Yves Guillemot, président d'Ubisoft, deuxième éditeur français, est à l'unisson. «Chaque titre est une oeuvre collective qui, aujourd'hui, n'est pas reconnue. Les chaînes de télévision, par exemple, ne parlent jamais des jeux vidéo. Le CSA estime qu'en parler équivaut à de la publicité. Ce n'est pas le cas pour la musique ou le cinéma.» Benoît Sokal, auteur de bandes dessinées et créateur de jeux, vient de prendre les fonctions de directeur artistique chez Microïds. Il dresse un constat identique: «Je suis probablement le seul en France à être considéré comme un auteur à part entière, parce que je viens de la bande dessinée. Ici, il semble nécessaire d'en passer par cette politique d'auteurs pour faire avancer les choses.» Etats généraux. Dans ces discours de lobbying, tout concorde à défendre l'idée d'une exception culturelle. David Cage, fondateur du studio Quantic Dreams, est l'auteur d'une lettre ouverte adressée à Matignon et au ministère de la Culture, réclamant la tenue d'états généraux. «J'ai lancé cet appel parce que l'industrie parle de manière disparate, chacun prêchant pour sa paroisse. Il faut que tout le monde éditeurs, créateurs, développeurs, techniciens se réunisse pour parler d'une seule voix. Il y a urgence à organiser ces états généraux pour désigner ceux qui défendront les intérêts du secteur auprès des pouvoirs publics. Et pour l'instant, nous n'avons pas de porte-parole. Le cinéma possède des Depardieu ou des Amélie Poulain, nous pas encore.» Pourtant les interlocuteurs existent. En premier lieu, le Sell, syndicat des éditeurs de loisirs interactifs. Créée pour financer des études et promouvoir l'image du jeu vidéo, cette structure regroupe tous les éditeurs français. Seul inconvénient, elle rassemble aussi les éditeurs étrangers et peut difficilement se faire l'avocat de la production française et de sa concurrence. Autre acteur incontournable, l'Apom, association des producteurs d'oeuvres multimédia, fondée en mars dernier par Alain Le Diberder et présidée par Antoine Villette, responsable du studio Arkworks. «Nous sommes complémentaires avec le Sell», affirme ce dernier. «Eux défendent les intérêts économiques, nous ceux de la création . Nous avons un point de vue identique sur l'urgence de la reconnaissance des auteurs. En cela, nous pouvons nous inspirer de certaines expériences, comme celle de Montréal.» Dans le milieu, Montréal fait figure d'exemple. Infogrames, Ubisoft et Microïds ne s'y sont pas trompés en y créant des unités, au coeur de la Cité du Multimédia, un pôle créé par la province du Québec voici quatre ans. Yves Guillemot, d'Ubisoft, est enthousiaste. «Les aides à l'emploi sont attribuées selon l'activité de la personne embauchée. Dans notre métier, où la réactivité est essentielle, le dispositif est parfait.» Olivier Fontenay, directeur du développement pour Microïds, est plus précis : «Tous les employés sur le secteur de la production audiovisuelle font l'objet d'un crédit d'impôts représentant jusqu'à 40 % de leur salaire (avec un plafond de 15 000 dollars) au bénéfice de l'employeur. Cela nous a permis de créer une centaine d'emplois, ce qui, à notre échelle, est considérable.» Recettes. En réalité, le plus gros problème reste ce fameux fonds d'aide à la création. Sur quelles recettes l'alimenter ? «Le secteur des jeux, à cause de son affiliation au métier de l'informatique, n'a pas accès aux reversements de la taxe sur les supports nu mériques vierges», reprend Antoine Villette. «Ce n'est pas normal. 30 à 40 % du piratage s'exerce sur les jeux vidéo. Or les recettes de cette taxe vont au cinéma et à la musique.» Pas très juste, en effet, mais jusqu'à présent, les éditeurs n'avaient guère manifesté leur intérêt pour cette manne. Et pour cause. A l'époque où l'argent entrait à flots, ils n'en voulaient pas. Se battre pour partager le gâteau signifiait la reconnaissance des créateurs et des développeurs en tant qu'auteurs. Et qui dit auteurs, dit droits d'auteurs. Or, jusqu'à cette crise profonde, les éditeurs entendaient surtout conserver l'intégralité du pouvoir. Marché mondial oblige, les créateurs français sont bien mieux accueillis avec des concepts susceptibles de plaire au plus grand nombre qu'avec des jeux originaux. C'est le cas d'Eric Viennot, créateur de l'Oncle Ernest, un jeu pour enfants qui a dépassé les 500 000 exemplaires vendus dans le monde. Pour son nouveau projet, In Memoriam, il ne trouve pas preneur. «La réponse est toujours la même : l'univers du jeu est trop sombre. Un éditeur important nous a même dit : In Memoriam est un outsider, et donc une opportunité de faire un nouveau Myst, mais on ne prendra pas ce risque.» Dommage car les Français ont fondé leur réputation précisément sur l'originalité de leurs sujets. Microïds a publié cette année Syberia de Benoît Sokal, qui a atteint le top 10 des ventes aux Etats-Unis. UbiSoft a connu le succès mondial avec Rayman, créature inventée par Michel Ancel et Infogrames avec le premier «survival horror» de l'histoire, Alone in the Dark créé par Hubert Chardot. Autant de noms inconnus du grand public. Noël. A présent, les éditeurs semblent prêts à défendre l'idée d'exception culturelle aux côtés des développeurs. Il faudra qu'ils rémunèrent ces derniers à la hauteur de leur valeur, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui. Mais cela vaut mieux, sans aucun doute, que de disparaître. Seule inconnue, le gouvernement se montrera-t-il sensible à ces arguments ? Il faudrait juste qu'il se décide vite. Car la période cruciale de Noël s'ouvre : 60 % du business annuel concentré sur deux mois, plus de 300 nouveaux jeux sur les linéaires. Compte tenu de la concurrence, rater Noël sera synonyme d'arrêt de mort. CommentsBe the first to leave a comment. |
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